Jean Pormanove : l’avènement du Valiporn

Jean Pormanove

Le 18 août dernier, Jean Pormanove, streamer de 46 ans, est mort pendant un live diffusé sur la plateforme Kick. Il s’est éteint devant plusieurs milliers de sans-âmes, dans une solitude que même Robinson n’aurait guère imaginée. La violence et les humiliations qu’il a subies, ainsi que le manque d’empathie des spectateurs, le tout sur des plateformes apathiques, en font un drame de notre temps. Ce phénomène illustre ce que j’appelle le Valiporn, un spectacle où la violence et l’humiliation de personnes vulnérables deviennent un produit de consommation.

Une mort en direct, dans l’indifférence

Jean Pormanove, de son vrai nom Raphaël Graven, est décédé dans la nuit du 17 au 18 août 2025 dans un studio à Contes (Alpes-Maritimes). Depuis au moins plusieurs mois, il était exposé à des humiliations répétées, parfois insoutenables, perpétrées par ses compagnons de diffusion. Il apparaissait pendant les lives dans une position de soumission, face à des individus qui, eux, avaient perdu les mots et s’étaient engagés dans un combat dont le but, paraît-il, était d’exploiter plus faible que soi pour obtenir un gain ou une forme de pouvoir.

Une sorte de monétisation du validisme avec pognon sur rue. Parce qu’en 2025, oui, on paye pour voir l’humiliation en spectacle de personnes visiblement en état de faiblesse ou de soumission et une autre en situation de handicap sous curatelle qui, elle, n’était pas rémunérée pour maltraiter « JP » ou se faire maltraiter par les deux autres bourreaux.

Une époque où la violence remplace la parole

Ce drame illustre le cœur de notre humanité : l’être humain est un animal, un sapiens, mais un animal doté d’une troisième voie. Là où les autres espèces ne connaissent souvent que deux options – la soumission ou le combat – l’Homme a inventé la discussion, le débat et la recherche de concorde. C’est cette alternative non violente qui fonde la civilisation.

Quand cette voie disparaît, la violence s’impose. Elle traduit toujours un échec : échec de l’argument, échec du langage. Quand on manque d’outils intellectuels ou lexicaux pour exprimer une idée ou une émotion trop vive, la frustration peut déborder et chercher une issue par la force. Le sport, la marche ou d’autres exutoires peuvent canaliser ces émotions. Mais pour certains, hélas, la violence devient la seule réponse.

Insensé et insensible ?

L’éducation joue un rôle central. Les évaluations de la DEPP montrent une dégradation inquiétante du niveau en orthographe des élèves de CM2 : le nombre moyen d’erreurs dans une dictée a presque doublé, passant de 10,7 en 1987 à 19,4 en 2021, soit une hausse de +81 %. Les élèves commettant 15 fautes ou plus sont passés de 26 % à 63 %, et ceux dépassant 25 fautes sont désormais 27,5 %, contre 6,9 % en 1987.

À l’inverse, seuls 2 % des élèves font deux fautes ou moins, contre 13 % en 1987. Cette chute traduit un problème cognitif et social : la langue permet d’exprimer la complexité d’une idée, de structurer une émotion, de négocier sans conflit. Quand la marge de manœuvre s’étiole, le cerveau devient spectateur, atomisé, et réagit par instinct plutôt que par discernement.

Les neurosciences confirment : la passivité face aux flux d’images et d’informations affaiblit la plasticité critique. Et dans ce vide, l’indifférence et la violence prolifèrent. De nombreuses recherches – par exemple Screens, Violence and the Impact on Children (Brown University) – montrent que la surexposition des plus jeunes aux écrans et à la violence affichée entraîne une « immunisation », une « indifférence à l’horreur de la violence ».

Enfin, cela nous pousse à repérer seulement ce que nous voulons voir et à fermer les yeux sur ce que nous voulons occulter. Nous payons pour ce que nous voulons voir, et nous fermons les yeux sur le reste. Un certain nombre ont payé pour voir un spectacle de dominants humiliant ainsi leur proie. Ils n’ont pas payé pour voir la conséquence de leurs actes, quand bien même fussent-ils en capacité de la repérer.

Pour conclure

La mort de Jean Pormanove n’est pas un fait divers numérique. Elle est le miroir cruel de ce que nous perdons : empathie, langue, capacité à débattre plutôt qu’humilier. La civilisation repose sur ce choix fragile et essentiel : préférer la parole au combat. Combien de temps encore aurons-nous la force de l’assumer ?

Une enquête judiciaire est en cours, ouverte par le parquet de Nice, avec autopsie ordonnée, sur les circonstances du décès de Raphaël Graven, alias Jean Pormanove, sur la plateforme Kick. Bataille de « Cotoreps » sur la plateforme Kick : des humiliations et violences en direct pour des cartons d’audience (Mediapart, décembre 2024) avait déjà alerté sur la mise en scène de violences contre des personnes vulnérables, évoquant un « business de la maltraitance ».

En version facile à lire (FALC)

Jean Pormanove est mort pendant une vidéo en direct sur Internet. On appelle cela un stream. Un stream, c’est quand une personne diffuse une vidéo en direct que les autres regardent en même temps.

Pendant longtemps, d’autres personnes se sont moquées de lui et l’ont humilié. Beaucoup de spectateurs ont regardé sans l’aider.

Ce drame montre un problème : la violence prend souvent la place des mots et du dialogue. Quand on n’arrive plus à parler ou à expliquer, on peut réagir par la violence.

Les chercheurs disent aussi que trop d’images violentes et trop d’écrans rendent les gens insensibles. Cela veut dire qu’on s’habitue à la violence et qu’on réagit moins.

Une enquête de la justice est ouverte pour comprendre les raisons de sa mort.

Sources

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