Le mensonge pour Bayrou ? Une affection longue durée

Publié le 17 juillet 2025

François Bayrou lors d'une conférence
©STEPHANE DE SAKUTIN/AFP

« La vérité permet d’agir ». C’était déjà le slogan de la conférence de presse sur le budget de l’État, le 15 avril dernier. La vérité, selon Saint Thomas d’Aquin, est la réunion de l’intelligence et du réel. Une réflexion, donc, basée sur la connaissance.

Mais il faut croire qu’en juillet, à Matignon, cette réunion n’a pas eu lieu. Je ne reviens pas ici sur ce que j’ai déjà écrit dans mon premier article, mais ce qu’il nous a été donné de voir, c’est que l’irréalisme, l’approximation et l’ignorance se sont donnés rendez-vous rue de Varenne. Une ouverture de saison politique en fanfare, mais dont l’issue est connue d’avance : le néant. Avec, pour seule source d’énergie, le vent.

Le roi est nu. Il danse encore. Peut-être sent-il la chaleur des braises sous ses pieds ? Rien n’est moins sûr.

Revenons à notre affection… ou plutôt à notre affliction

Lors de l’annonce de ses orientations budgétaires pour 2026, le Premier ministre a affirmé que 20 % des Français étaient en ALD, contre 5 % des Allemands.

Une comparaison pour frapper les esprits sans doute, mais à l’épreuve des faits, elle ne tient pas. Disons les choses clairement : il n’existe pas d’équivalent administratif au statut d’Affection de Longue Durée (ALD) dans le système allemand.

  • En Allemagne, la notion d’ALD n’existe pas en tant que statut médical reconnu officiellement par la sécurité sociale. Cependant, une large partie de la population souffre de pathologies chroniques.
  • Par exemple, chez les personnes âgées en institution, la multimorbidité est présente chez plus de 60 % des résidents.
    Source : Ministère fédéral de la Santé (BMG), plan 2016–2019 pour la sécurité médicamenteuse.
  • Le projet AMAEP (2024–2025) s’intéresse à la sécurisation des thérapies médicamenteuses chez les patients âgés, souvent concernés par plusieurs pathologies chroniques.
    Source : BMG – recherche en santé publique.
  • On estime que près de deux tiers des 80–84 ans sont atteints de plusieurs maladies chroniques, comme le rappelle le portail officiel sur la prévention chez les personnes âgées.
    Source : Bundesgesundheitsministerium – prévention des maladies chroniques.

En Allemagne, il existe bien des exonérations de frais pour certains patients à faibles revenus, mais cela ne correspond ni à une reconnaissance administrative, ni à un statut médical universellement défini.

François Bayrou a donc inventé quelque chose qui n’existe pas. 5 % de quoi, exactement ?

Pourquoi sortir un tel chiffre ?

François Bayrou sait deux choses :

  • Ce budget ne sera jamais voté en l’état — il le mènerait à la censure. Ce que ses adversaires n’ont pas manqué de lui rappeler.
  • Ce n’est pas la compétence ou le langage de vérité qui garantit la visibilité, mais un petit parfum de scandale, bien senti.

Il n’avait qu’un seul temps fort cet été pour essayer de rester à Matignon jusqu’à Noël. Et il l’a saisi.

Mais pour y arriver, le locataire de la rue de Varennes utilise une arme qu’il connaît bien : le mensonge par omission ou par approximation.

Une spécialité bien connue du personnage

François Bayrou n’est pas là pour agir. Il est là pour rester. C’est toute la différence. Pour lui, ce n’est pas « la vérité qui permet d’agir », mais le mensonge qui permet de durer. Et c’est bien là ce qu’il faut retenir.

Si l’on reprend les faits, pas moins de 14 contradictions ou omissions lui sont reprochées dans l’affaire Betharram (Mediapart, mai 2025), et l’audition parlementaire qui a suivi n’a fait qu’amplifier les zones d’ombre (Le Monde, 14 mai 2025). Bayrou joue avec les dates, avec les mots, avec les silences. Pour gagner du temps. Toujours du temps.

A-t-il une vision pour le pays ? Rien n’est moins sûr. Mais il a du temps. Et il tient à rester aux commandes de l’avion. Quitte à brouiller les instruments de bord.

Y a-t-il un pilote dans l’avion ? Certainement. Mais il est en affection… longue… durée.


NDLR : La formule « en affection longue durée » désigne ici l’approximation chronique en politique, pas les véritables patients atteints de pathologies graves. Je me permets cette formule, étant moi-même concerné par une ALD.

Version FALC

Le Premier ministre a dit que les Français étaient plus souvent malades que les Allemands. Mais il a comparé deux choses qui ne sont pas comparables. En Allemagne, il n’existe pas le même système qu’en France pour les maladies longues. En réalité, les chiffres qu’il donne ne veulent rien dire. Il a dit cela pour faire parler de lui.

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